Welcome To Video : la blockchain qui a nommé les acheteurs
Les enquêteurs ont démantelé un site d'abus du dark web en suivant ses paiements en Bitcoin sur le registre public, transformant des transactions anonymes en 337 arrestations dans le monde.
Welcome To Video était un service caché exploité depuis la Corée du Sud par un jeune opérateur nommé Jong Woo Son. Il diffusait les contenus les plus nuisibles que l'internet échange. Cette chronique ne décrit pas ces contenus ; elle raconte comment l'économie du site a trahi tous ceux qui l'ont utilisé.
Un registre qui n'oublie pas
Le site exigeait un paiement en Bitcoin, et ses opérateurs semblent avoir cru à la réputation d'anonymat de la monnaie. Cette confiance était mal placée. Les transactions Bitcoin ne sont pas secrètes : elles sont inscrites de manière permanente sur un registre public que chacun peut lire. En collaboration avec la société d'analyse de blockchain Chainalysis, les enquêteurs ont retracé le flux des paiements à travers la chaîne, suivant l'argent depuis les portefeuilles des utilisateurs jusqu'aux plateformes d'échange réglementées où il avait été acheté.
Du portefeuille au nom
Sur ces plateformes, la cryptomonnaie rencontrait le monde ordinaire, où les comptes portent une identité. En rapprochant la piste inscrite sur la chaîne des registres des plateformes, les enquêteurs ont arraché l'anonymat transaction après transaction. L'opération de 2019, menée par le ministère américain de la Justice et ses partenaires internationaux, a abouti à 337 arrestations dans des dizaines de pays et, bien plus important encore, à l'identification et au sauvetage de victimes. Son lui-même avait déjà été condamné et emprisonné en Corée du Sud.
Ce dont la chronique se souvient
Welcome To Video reste une démonstration clinique que la pseudonymie n'est pas l'anonymat. Le même registre public qui promettait une couverture à ses utilisateurs est devenu le fil qui les a dénoués, suivi patiemment d'un portefeuille à une plateforme jusqu'à un nom. La blockchain se souvenait de tout, et cette mémoire a suffi.