Snowden et PRISM
Un sous-traitant est sorti d’un poste d’écoute de la NSA à Hawaï avec une clé USB de documents et une question que le public n’avait pas eu le droit de poser.
Début juin 2013, le Guardian publie une ordonnance judiciaire. Elle enjoint à Verizon de remettre à la National Security Agency, sur une base quotidienne et continue, les métadonnées de chaque appel téléphonique national passé par chaque client américain.
La chambre d’hôtel à Hong Kong
La source est Edward Snowden, un sous-traitant de Booz Allen Hamilton travaillant dans une installation de la NSA à Hawaï. Il avait passé des mois à copier des documents classifiés sur des supports amovibles, puis pris l’avion pour Hong Kong, et organisé à l’avance une rencontre avec les journalistes Glenn Greenwald et Laura Poitras au Mira Hotel.
Les documents qui ont suivi au fil de l’année suivante décrivaient des programmes aux noms brièvement célèbres — PRISM, XKeyscore, Boundless Informant, MUSCULAR — couvrant tout, de la collecte directe auprès d’entreprises technologiques coopérantes à l’interception massive de câbles sous-marins en fibre optique, en passant par l’affaiblissement délibéré de standards cryptographiques.
Un exil lourd de conséquences
Le passeport américain de Snowden est annulé en plein transit. Il passe des semaines dans la zone de transit de l’aéroport moscovite de Sheremetyevo et finit par accepter l’asile en Russie, où il est demeuré. Le statut légal de ses révélations reste contesté. Les conséquences techniques et politiques, non.
Ce que la chronique retient
Les révélations Snowden ont imposé une conversation mondiale sur l’ampleur de la collecte étatique, jusque-là savoir privé des commissions parlementaires de contrôle du renseignement. Elles ont aussi accéléré le déploiement du chiffrement de bout en bout dans la messagerie et sur le web. Tout navigateur qui passe en HTTPS par défaut, toute application à expéditeur scellé, doit une partie de son existence à une clé USB qui a quitté Oahu en 2013.