Levandowski contre Waymo
Un ingénieur a téléchargé 14 000 fichiers en quittant le programme de voiture autonome de Google, fondé une startup, l’a vendue à Uber, et a fini par plaider coupable de vol de secrets industriels.
Anthony Levandowski était, selon la plupart des récits, l’un des ingénieurs les plus déterminants du programme de voiture autonome de Google. Il y était depuis le début, dans la petite équipe devenue ce qui fut finalement essaimé sous le nom de Waymo. Fin 2015, dans les semaines précédant son départ, il télécharge environ quatorze mille fichiers — documents de conception, schémas, discussions internes sur l’architecture lidar — sur un disque externe.
La startup qui a duré quelques mois
Levandowski quitte Google, fonde une startup de camions autonomes appelée Otto, et en quelques mois revend Otto à Uber pour environ 680 millions de dollars en actions. L’acquisition met Levandowski à la tête du programme de voiture autonome d’Uber, qui peinait à suivre le rythme de Waymo.
La transition aurait pu s’arrêter là si Waymo n’avait pas remarqué la similarité d’un composant lidar particulier dans une conception d’Uber qu’un de ses propres fournisseurs avait, par mégarde, montré à un ingénieur de Waymo. Waymo intente une action contre Uber début 2017, alléguant un vol de secrets industriels.
Procès, transaction, et acte d’accusation fédéral
L’affaire civile est transigée en 2018, Uber cédant à Waymo des actions d’une valeur d’environ 245 millions de dollars et s’engageant à ne pas utiliser la propriété intellectuelle de Waymo. L’affaire pénale fédérale contre Levandowski lui-même, distincte du contentieux d’entreprise, se conclut par un plaider coupable sur un chef de vol de secret industriel en 2020 et une peine de dix-huit mois de prison. Il a été gracié par le président Trump quelques jours avant qu’il ne se présente en prison.
Ce que la chronique retient
Levandowski contre Waymo est l’étude de cas de l’exfiltration interne à l’intersection d’une technologie de frontière et d’une compétition intense. Elle a aussi durci le traitement juridique et contractuel des départs depuis des équipes d’ingénierie à enjeu fort ; clauses de non-concurrence, entretiens de sortie et couverture DLP sur les supports de stockage personnels sont devenus nettement moins facultatifs dans l’industrie des AV après 2017.